Albanie

Voyage de presse – novembre 2025

Mardi 4 novembre

Tirana

La visite de Tirana se fait entre le lundi soir en revenant de Berat, en compagnie d’un autre guide de choix, Derandi Krasniqi.
Fondée en 1614, elle devient capitale en 1920, devenant ainsi le principal centre économique, industriel et culturel du pays.
Malgré l’instabilité politique ayant régné sur les Balkans au cours de l’histoire, elle se modernise énormément dès les années 2010.
Avant les années 90 et la libération du régime au pouvoir, les albanais n’avaient pas vraiment le droit de bouger et d’aller dans d’autres villes à travers le pays. Cet élan de libération les conduit donc à explorer d’autres opportunités, dont la majorité se trouve à Tirana, qui devient donc rapidement la ville la plus peuplée du pays, accueillant plus de 50% de la population de toute l’Albanie.

Située quasiment au centre du pays, au pied du mont Dajti, elle fait donc le lien entre le monde Guègue au nord (communauté albanaise du Monténégro, Kosovo et Macédoine du nord), et Tosque au sud (communauté albanaise de Grèce).

Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer l’origine et l’étymologie de son nom, sans aucune certitude.
Le nom Tirana pourrait être issu d’une expression albanaise signifiant les collines ou les pentes. Étant située dans une plaine entourée de reliefs, pourquoi pas ?
Autre hypothèse : d’origine gréco-byzantine, dérivé de Theranda, apparaissant dans plusieurs textes médiévaux, et aurait évolué phonétiquement.
Pourquoi pas encore une hypothèse latine avec un nom dérivé d’un camp romain, Tyroniana.
Ou bien encore d’origine ottomane…
Il y a de quoi fantasmer sur le mélange multiculturel que représente la ville, avec ses mosquées et ses églises tant catholiques qu’orthodoxes qui se côtoient dans une union complice.

Nous passons un moment à écouter notre guide nous parler histoire sur le place Skanderberg, personnage mythique, seigneur albanais considéré comme un héros national pour sa résistance à l’empire ottoman.

Un peu d’histoire : au XVe siècle, l’Albanie est convoitée par les Turcs et les Vénitiens. Le futur Skanderberg, fils du seigneur de Lezha, est envoyé par ce dernier en otage à la cour du sultan Mourad II. Il devient le favori du sultan, se convertit à l’islam et devient un éminent guerrier sous le nom d’Iskander Bey, ou prince Alexandre, donnant Skanderberg, en référence à ses talents de chef militaire à l’image d’Alexandre le Grand.
Mais à l’âge de 40 ans, après une défait des Turcs face aux Hongrois, il déserte l’armée ottomane, et désireux de libérer la terre albanaise, s’empare de la citadelle de Kruja et revient au christianisme. Il hisse au sommet de la citadelle un drapeau rouge avec un aigle noir à double tête, devenu aujourd’hui le drapeau de l’Albanie indépendante.

Un riche moment à écouter l’histoire de la capitale et à la contempler de nuit, quand vient le mardi matin, le jour offre de nouvelles perspectives.
Klara ayant des rendez-vous professionnels, nous avons quartier libre à Tirana pour ce dernier jour.
Bien évidemment, depuis que je suis arrivée ici, je n’ai qu’une idée en tête, aller au sommet du Mont Dajti, à environ 25 km, accessible par un téléphérique, offrant ensuite des sentiers à arpenter en pleine nature avec une vue sur Tirana et les alentours.
En me réveillant, je commence à regarder pour réserver un taxi afin de nous y emmener, et en vérifiant le site pour avoir accès au tarif du téléphérique, je m’aperçois que le seul jour de fermeture de la semaine pour y accéder est… le mardi… !

Bon, là j’avoue me sentir vraiment frustrée, d’autant que le matin, un grand soleil inonde la capitale.
J’en fais part à Olivier avec qui on se rejoint dans la salle du petit déjeuner, et dans tous les cas, vu sa difficulté à se déplacer à cause d’un bête accident juste avant le voyage de presse, il me rappelle qu’il ne serait pas allé très loin. Il me dit vouloir prendre le matin pour regarder ses mails et travailler un peu, et propose que l’on se rejoigne début d’après-midi pour se rendre tranquillement au centre et visiter le musée conseillé la veille par Derandi, La maison des feuilles, pour une immersion au cœur de l’histoire albanaise.

Je comprends la fatigue d’Olivier, et décide de sortir arpenter quelques rues de la capitale au hasard, car pour ma part, hors de question de rester enfermée à l’hôtel pour ce dernier jour. Tellement d’alternatives sont proposées, comme se rendre jusqu’au grand parc et lac artificiel, mais assez loin, et je n’aurais pas le temps de faire l’aller retour avant l’heure convenue de rendez-vous. Sachant que nos forfaits de téléphone respectifs ne nous permettent pas de nous joindre hors wi-fi, nous n’avons donc pas de moyen de nous tenir au courant si programme improvisé. Je me contente donc de déambuler, et traverse un grand marché enfoui dans des ruelles, où je profite de me mettre en quête d’un dé à coudre aux couleurs de l’Albanie pour la collection de mon amie Solange.

La place Skanderberg est immense, et accueille beaucoup d’évènements tout au long de l’année, rendant vivant le cœur de ville. Marché de Noël, festivals l’été, manifestations en tous genres… Un immeuble est également en fin de construction, imitant le visage du fameux héros albanais, tandis qu’un autre, en prenant du recul, présente une carte de l’Albanie. Un véritable élan de modernité est présent dans cette ville propre et agréable.

Le temps passe si vite que je n’ai pas le temps de me promener plus longtemps. Après avoir échangé quelques euros contre des leks albanais et acheté de quoi grignoter, je retourne à l’hôtel pour rejoindre Olivier, et nous repartons en direction du centre.
Les jours étant plus courts, je lui propose d’aller d’abord vers la pyramide afin que je puisse grimper à son sommet et faire des photos avant que le paysage panoramique ne disparaisse au creux de la nuit.
Cette pyramide, anciennement musée Enver Hoxha, a été inauguré en 1988 pour abriter un musée à la mémoire de l’ancien dirigeant communiste. Eh oui, tout comme son nom inscrit sur les collines, on n’arrête pas la démesure !
Mais suite à la chute du communisme, la démolition avait été envisagée, avant qu’il ne devienne aujourd’hui, un centre multifonctionnel pour les jeunes.
Des escaliers aux quatre coins de la pyramide permettent de grimper jusqu’au sommet, offrant un panorama qui s’étend dans une pause contemplative.
Lieu de rendez-vous des amis, des amoureux, des shootings photos improvisés, ou en instant solo, la place est vivante et sereine.

Je redescends et nous continuons notre chemin à travers la capitale pour arriver à la fameuse Maison des feuilles, mais quand nous poussons la porte vers l’accueil pour prendre nos tickets, la personne nous indique que ça vient de fermer… Mais…! Il est 15h45 et le site internet indiquait 19h00 !
Eh bien, il n’est simplement pas mis à jour, car en cette période il ferme à 16h00…
Bon, nouvelle frustration. Apparemment, aujourd’hui il n’est pas vraiment possible de faire ce que j’avais prévu. Et finalement, c’est de ma faute, car je voulais monter sur la pyramide en premier…

Alors tant pis, c’est ainsi. Nous nous promenons dans le coin, en repassant par l’avenue vue hier soir, abritant le parlement et autres éminents bâtiments. Olivier étant fatigué à cause de sa jambe, nous finissons par trouver un café pour papoter, en attendant de rejoindre Klara et Blerina pour un dernier verre avant notre retour le lendemain.

La nuit tombe et nous retrouvons nos acolytes albanaises, particulièrement pour dire aurevoir à Blerina qui a sa vie en Albanie, tandis que Klara rentre avec nous demain.
Un court séjour, mais finalement de nombreuses belles découvertes, tant historiques qu’humaines, qui nous ont fait comprendre cette riche culture, finalement assez méconnue en Europe.

Petite anecdote : on trouve beaucoup de vieilles et moins vieilles grosses voitures, comme des Mercedes increvables. Tout comme les motos, combien ai-je croisé des GS neuves ! Tant de modernité, encore une fois après le régime communiste qui interdisait la possession de ce genre de véhicule, et les gens se déplaçaient à pieds, voire en vélo, ce qui était déjà considéré comme un luxe. Quoi de plus normal de vouloir rattraper le temps perdu ?

Ah et ce qui m’a fait sourire : les crêtes sur les taxis. Ici les taxis sont des punks ! J’en ris toute seule…!

Klara nous demande comment nous résumerions l’Albanie en un mot, après notre petit séjour. Olivier répond sérénité, et il est vrai que même ici, en pleine capitale, on ne se sent pas pris dans un tourbillon qui nous fait perdre le nord. Même en tant que femme seule, se promener de nuit à Tirana n’évoque rien d’angoissant, ce qui ne donne pas cette impression à Paris par exemple.
Pour ma part, j’attribue le mot pétillant, pour cette lumière aperçue dans le regard des albanais(es) rencontré(e)s. On sent bien qu’après ce lourd passé, au premier abord, les locaux ont l’air fermés, mais dès qu’on leur tend la main pour les saluer et que l’on s’intéresse à eux, quelque chose s’ouvre et s’illumine. Et on se regarde dans les yeux quand on se parle. Sincérité qu’il est de plus en plus difficile de trouver.
Et les cœurs dans le sol pavé du centre, si ça ne respire pas l’amour ça !

Autre fait marquant : lors de nos escapades sur les routes, nous n’avons pas vu de zones commerciales comme il en pousse aux alentours de toutes les agglomérations comme chez nous.

Bien sûr, je ne cherche pas à dire que c’est un pays parfait, mais j’apprécie tant cette authenticité que préserve l’Albanie.
Aucun McDo (personne n’a su me dire pourquoi, mais j’ai adoré entendre ça !) ni fast foods, très peu d’endroits où manger des burgers et les pizzas sont servies dans des restaurants italiens. Tout simplement car les albanais aiment manger leur nourriture et ils ont raison, elle est si délicieuse !

Encore des paysages préservés, raccord avec les discours que nous avons entendus ces trois jours, que les producteurs misent sur la qualité et non la quantité. Et j’ai juste envie de dire  : pourvu que ça continue ainsi !

Même si l’engouement de rejoindre l’UE anime le pays, promesse de croissance et de développement – après tout, on ne peut pas leur en vouloir d’avoir les mêmes aspirations – je ne peux m’empêcher d’être très réservée à cette évocation.
Car, peut-être aurez-vous le même raisonnement que le mien : une fois dans cette union, toute cette pureté de leur identité va se retrouver avalée par un système à grande échelle qui va commencer à imposer son point de vue, ses normes, pour faire petit à petit, basculer le pays vers une uniformité ravageuse, à l’image du reste de l’Europe…
Bien évidemment, j’espère me tromper !

 

Le lendemain, dans l’avion qui nous ramène à Genève, je suis prise d’une forte émotion qui reste bloquée dans ma gorge. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Tout ce que je sais est que je n’ai pas envie de rentrer chez moi, c’est trop tôt… Un goût d’inachevé…

Mon coup de cœur pour ce pays est tel, que de toute façon, j’ai très envie d’y revenir ne serait-ce que pour effacer la frustration du mardi avec tous ces manquements.
Revenir pour explorer les montagnes au nord, et les plages de la mer Ionienne au sud, le tout, en moto…? Voilà un chouette projet !
Et puis, on verra bien ce que la Vie réserve comme prochaine aventure.

Merci Albanie, pour ton accueil si chaleureux et pétillant !

Merci à Terre d’Albanie en compagnie de Klara et Blerina pour cet accompagnement ainsi qu’à Olivier Bertolino pour cette opportunité !