Extrait Chapitre I – L’appel

« Des cris sauvages, d’effroi, de rage, de panique faisaient écho de tous les côtés le jour où il perdit véritablement son innocence. Personne ne savait pourquoi, personne ne comprenait rien. Que se passait-il ? Pourquoi ici, pourquoi maintenant ? Était-ce une guerre ?

Personne n’avait le temps de s’en soucier ou de se poser la question. Il fallait faire vite, il fallait rassembler le nécessaire et espérer avoir le temps de fuir avant cette fin du monde. Les hommes et les femmes couraient sans vraiment savoir dans quelle direction aller pour quitter ce lieu au plus vite.

Les deux habitants de la maisonnette de bois et de pierres réussirent à éviter les murs qui s’écroulaient les uns après les autres. Le vieil homme lui ordonna de courir le plus loin possible, alors c’est ce qu’il fit. Mais dans sa course effrénée, il se rendit vite compte qu’il manquait quelque chose.

Le jeune homme se retourna soudainement et fixa, le cœur battant, l’amas de pierres effondrées. Il tâtonna dans son sac, et cette fois avec horreur, regarda ce qui fut autrefois son refuge.

Impossible ! Il ne pouvait pas m’avoir oublié ! Tout sauf ça ! Comment avait-il pu ?

Il était horrifié à cette idée et savait qu’il ne pouvait pas partir comme ça, il devait y retourner et vite ! Il savait à quel point j’avais besoin de lui et que c’était réciproque.

Il fit demi-tour et se précipita vers les décombres, vers les cris d’horreur. Comment faire pour retrouver quoi que ce soit sous cet énorme tas de pierres ? Il s’agenouilla et souleva péniblement un morceau, puis un autre, mais il ne put continuer, des bruits trop effrayants se rapprochèrent. Quand il se releva, une explosion le projeta violemment en arrière, dans la poussière de la terre mêlée à celle de la guerre. Il respira fort et douloureusement, pour retrouver son souffle qui lui avait été coupé. Ses oreilles étaient à moitié sourdes à cause de l’explosion, ses vêtements n’étaient plus que des haillons, et sa peau était recouverte de terre, de boue, de suie, d’un étrange mélange noirâtre qui sentait la mort.

Il se releva avec difficulté, sa poitrine comprimée par une douleur désagréable, et imposa à ses jambes de bien vouloir le porter. Il dut encore une fois reprendre sa respiration avant d’être capable de fuir. Mais il ne put s’empêcher de fixer les pierres qu’il n’avait pas réussi à soulever, de penser que j’étais toujours pris au piège tout en dessous. Il ne pouvait pas me laisser là, mais il n’avait plus le temps. Une hésitation de plus et il allait être condamné. Il savait qu’il ne pouvait pas courir ce risque.

En entendant des chevaux lancés au galop, il comprit que s’il devait fuir, c’était maintenant ou jamais. Il commença à courir, le plus vite possible, puis jeta une dernière fois un coup d’œil par-dessus son épaule.

Par tous les dieux… qu’avait-il fait ? »